Lettre ouverte à madame Jeanne d’Arc

Le 22.04.2020

Appel au secours – Lettre ouverte à Jeanne d’Arc

Chère Jeanne,

En ces temps de psychose collective sur fond de pandémie,

profites-en pour bouter cette fois les américanevirus hors de France ! Il s’agirait de partir en guerre contre l’analphabétisme gangrénant le monde de l’enseignement. Montre aux professeurs des écoles que la langue de Molière est fort riche (et pas « trop riche ») et d’une grande beauté. Apprends-leur à la choyer.

A titre d’exemple, explique-leur, s’il te plaît,

ce que sont un pestevirus, un clahoude sur le nette, une daidelaïne pour un planning, un laïque sur fessebouc, un djoque trop feune, un clœustère pour des sons-grappe, un flaïheure dispatchant une faikniouze, un beuze, le top dix des meilleurs pitches d’américanes mouvizes, un bestoffe et des voihoffes, bref, dis-leur comment développer un système d’enseignement efficient pour un développement cline, pardon, comment mettre au point un système efficace en vue d’un développement harmonieux

Tu auras, bien sûr, apprécié ce minuscule échantillon d’aberrations langagières adoptées de façon boulimique par les « Français » contemporains, épris qu’ils sont du mode de vie du sauveur d’outre-Atlantique ; ils n’ont pas saisi que les USA avaient, certes, anéanti la peste brune européenne, mais qu’en contrepartie, ils avaient imposé un diktat panaché de populisme, de protectionnisme et de beaucoup de propagande. Il en résulte un pouvoir de séduction trouvant son reflet dans la langue : ça fait chic, d’employer des américanismes, au diable le français !

Comme tu en as vu d’autres, chère Jeanne,

tu ne manqueras pas de trouver les arguments qui font mouche pour rallier ces moutons égarés à notre cause ; tu donneras à ces derniers le goût de la belle formulation et, pour chaque mot ou concept, d’un commun accord, ils feront jaillir d’éblouissantes fontaines de synonymes. Loin de tout chauvinisme, les enseignants puiseront dans notre fonds culturel pour en faire ressortir les incomparables richesses qui ont, précisément, été à l’origine de centaines de mots… anglais !   

Quant à nous, au lieu de jeter lesdits mots américains en pâture aux flammes des bûchers, rendons-les à leur propriétaire, sans rancune.

Un grand merci à toi, chère Jeanne, et je croise les doigts pour cette nouvelle campagne.

Cordialement,

Vincent Lepalestel