Boulevard et Trébuchet

Boulevard et Trébuchet

(comédie pour deux en un acte ou en un acte pour deux)

Vincent Lepalestel

978-3-924343-55-2

Le 18.04.2021

L’idée m’en a été soufflée par le grand Gustave ; ici, le couple de personnages refait également le monde, assis sur un banc, dans un parc strasbourgeois d’où l’on aperçoit les Vosges. Un grand nombre de sujets, contemporains ou non, y sont abordés tandis que les deux compères sont progressivement gagnés par l’ébriété, d’où un ton de plus en plus badin. Jusqu’où Valentin Boulevard et Victorien Trébuchet, nos philosophes, parviendront-ils à demeurer sur les sentiers bien balisés du cartésianisme ?

Extrait N° 1 :

Trébuchet –  « Finalement, vous critiquez et rejetez tout ce que vous lisez ou entendez, un vrai rempart…

BoulevardVous êtes voyant, ma parole, je m’appelle précisément Valentin Boulevard, un mot qui vient de l’allemand Bollwerk, qui signifie bastion… 

Trébuchet Oh pardon, je suis désolé… Moi, je suis Victorien Trébuchet, comme ces balances à pièces de monnaie d’antan. D’ailleurs, mon patronyme est prédestiné, je soupèse toujours tout. Mais vous savez peut-être que ce nom désignait encore autre chose.

Boulevard Ma foi, non… Ah bonjour, madame, décidément, votre fille est de plus en plus mignonne. (Toutes deux passent sans lui prêter attention, et il hausse les épaules.) Mais, dites-moi, êtes-vous apparenté à Sophie Trébuchet, la mère de Victor Hugo ?

Trébuchet – Apparenté, si l’on veut, disons que l’un de ses cousins était mon trisaïeul ; d’ailleurs, ma famille est originaire de Nantes, même si j’ai grandi en Normandie. »

Extrait N° 2 :

TrébuchetFinalement, nous sommes de bien petites choses, surtout moi… Allez, à la tienne, à la nôtre. Encore un petit bout de calandos ou de sauciflard ? A quelle merveille, que d’être sur ce banc, armés de sa baguette et de son litron !

Boulevard – Oui, mais ça a coûté la vie à un pauvre porc, tu l’oublies !

Trébuchet – D’accord, mais il a été étourdi avant l’abattage, c’est moins cruel.

Boulevard – As-tu déjà entendu agoniser un pauvre animal qu’on saigne ? Les cris de terreur, puis de douleur, suivis des hurlements plaintifs, eux-mêmes suivis de gémissements de plus en plus faibles… Sans parler des vomissures qui se mêlent au sang en y apportant toutes sortes de dangereux germes…

Trébuchet – Bon, je renonce au saucisson, le camembert, lui, n’a pas souffert en mourant…

Boulevard – Oui, mais tu oublies que les produits laitiers de vache sont malsains aussi, bien trop riches pour nos organismes, et qu’il vaut mieux consommer du brebis ou du chèvre. Et d’autres ayatollahs de l’alimentation affirment que toute graisse d’origine animale est préjudiciable à la santé.

Trébuchet – Alors rabattons-nous sur le soja.

Boulevard – C’est ça, sur le transgénique, je me trompe ?

Trébuchet – Mais on n’en finit plus ! Tu me coupes l’appétit, je me contenterai alors du pain blanc et du pinard.

Boulevard – Sauf que le gluten de blé est trop riche comparé à celui du petit épeautre et que nos vins sont littéralement chaptalisés aux nitrites…

Trébuchet – Bon, t’arrêtes de couper les cheveux en quatre, oui ? Toi, un chauve…

Boulevard – Oui, allez, d’accord, on oublie tout ça et on trinque à Descartes. (…)