Lettre ouverte à Molière (Jean-Baptiste Poquelin)

Lettre ouverte à Molière

Cher Jean-Baptiste,

Le problème des fautes de français polluant à tout moment nos ondes, et que j´avais soumis à votre discernement, ne vous a donc pas ému outre mesure ; alors en voici quelques exemples susceptibles de vous faire changer d’avis : « espérons qu’il vienne » pour « espérons qu’il viendra », « en espérant qu’il soit là » pour « en espérant qu’il est là », « il semble qu’il a perdu » pour « il semble qu’il ait perdu », « peut-être il a peur. » pour « peut-être qu’il a peur. », « il est trop mignon ! » pour « il est incroyablement / vraiment mignon ! » ou encore « ce sont des circonstances dans lequel… ». Et on va très loin en matière de dégringolade avec cet étrange à nouveau venu tout droit de l’allemand : « il tombe à nouveau. » pour « il retombe. » ou encore « il pleut à nouveau. » pour « il se remet à pleuvoir. » ou « il recommence à pleuvoir. » ou encore « vous avez à nouveau mal fermé. » pour « une fois de plus, vous avez mal fermé. » ou « encore un coup, vous avez mal fermé. »

Fort de café, n’est-ce pas ? Piétinant la langue de Poquelin parce qu´ils ont perdu le sens du parler, les journalistes et les personnages publics en général, ne goûteraient même plus les tournures de vos Précieuses ridicules, eux qui préfèrent se gargariser d´anglais de cuisine ; triste corollaire, les bons mots (« bon mot » s´emploie tel quel en allemand, par exemple), qui étaient le propre de notre culture, sont en voie de disparition.   

Vous pouvez consulter une liste de ces délétères entorses sur http://editionsdutroubadour.com/lettre-ouverte-a-madame-brigitte-macron-professeur-de-francais/, mais également vous soumettre au « Test de Mérimée » sur http://editionsdutroubadour.com/test-de-merimee-lettre-ouverte-aux-ecoles-de-journalisme/, épreuve sans prétention, dont vous vous acquitterez les yeux fermés.

Selon vous, je m’alarmerais en vain en dénonçant ce délabrement… Alors, dites-moi ce qu’il en serait des bons usages, si l’on suivait le même raisonnement ? A table, par exemple, on tolèrerait vite que quelqu’un éternue sans protéger son assiette, qu’il éructe sans vergogne ou même qu’il se drogue à la spécialité de Castelnaudary… Un autre se déchausserait pour se curer les pieds après la poire et avant le fromage. S’il faisait trop chaud, on tomberait tout, au mépris des horreurs de la guerre… Bref, du n´importe quoi.

Si vous connaissez personnellement des gens de la presse ou des politiciens, je vous en supplie, faites-leur prendre conscience que notre idiome est un bien commun très fragile qui ne résistera plus longtemps à leurs assauts. Qui suis-je donc pour leur reprocher de faire des fautes ? L´erreur est humaine, m´objecterez-vous, alors laissons les anesthésistes, les chirurgiens et les pilotes de ligne en commettre également au quotidien…

Dans l´espoir que, grâce à votre entremise, les médias de France et de Navarre rectifieront rapidement le tir, je vous adresse, cher Jean-Baptiste, mes salutations les plus cordiales.

Vincent Lepalestel